Maintenir une herbe feuillue pour conserver un pâturage de qualité !

Au centre d’élevage de Poisy (Haute-Savoie, 500m d’altitude), la conduite du pâturage est rigoureuse pour garantir une herbe d’excellente qualité au troupeau de vaches laitières. Romaric PUTHOD, responsable du troupeau et formateur nous explique la stratégie en place:

 

 

« Des mesures à l’herbomètre sont réalisées dans tous les parcs de pâture chaque semaine. Elles permettent de calculer les Jours d’Avance au pâturage (ou JA), un indicateur qui donne une idée du stock d’herbe d’avance dans les parcs, tout en prenant en compte les aliments éventuellement distribués en stabulation. En ration 100% pâturage, on cherche à se maintenir autour de 10 à 15 JA, ce qui permet d’adapter la vitesse de pâturage à la pousse de l’herbe. Si la pousse cessait complètement, cela signifie qu’il nous resterait ce temps de pâturage disponible. Si les JA augmentent trop, des parcs de pâture sont débrayés et seront fauchés, à l’inverse il faudra ajouter des surfaces de pâture supplémentaires ou réduire le temps de pâturage.

La hauteur en entrée de parcelles ne doit JAMAIS dépasser 15cm à l’herbomètre. Au-dessus j’écarte la parcelle pour la faucher dans quelques semaines. ATTENTION cette décision est irrévocable, tout retour en arrière ASSURE une chute de la production laitière, un gaspillage de ressource et la nécessité de pâturer en rationné et de broyer les refus : à Poisy, il s’agit alors d’une situation d’échec !

En pleine période de pousse (60 à 120 kg de MS/ha/j), je table sur 18 à 25 ares par VL. Au-dessus de ces surfaces, je n’arrive pas à maintenir une pression de pâture suffisante pour assurer la qualité de la repousse ultérieure.

Enfin je surveille attentivement l’épiaison des principales graminées (RGA, Dactyle et fétuque ou houlque) afin de couper la plante quand l’épi est dans la gaine, soit avec la pâture, soit avec la fauche pour avoir des repousses ultérieures presque uniquement feuillues.

Naturellement j’essaie de ne pas trop pénaliser la production laitière mais une hauteur de sortie plutôt basse à 6 cm est toujours optimale pour les repousses suivantes.

Avec les conditions de cette année, il est bien sûr difficile de mettre pleinement cette stratégie en application, mais elle a fait ses preuves les années précédentes ».

 

Valeur alimentaire en fonction du stade de végétation de l'herbe

Cette stratégie n’est pas le fruit du hasard. Il suffit de comparer les valeurs alimentaires d’une herbe dans le cadre d’un pâturage bien géré avec celles d’une herbe trop haute ou épiée.

 

La production de tiges à l’épiaison entraîne une baisse rapide de la valeur alimentaire de l’herbe. Cela est principalement dû à la production de parois non digestibles par les ruminants (lignines notamment) servant à maintenir l’épi dressé. Les composants utiles à l’animal (parois digestibles et matières azotées) sont alors dilués par ces fibres indigestibles. L’herbe feuillue possède au contraire d’excellentes valeurs du fait notamment de la présence de ces parois indigestibles en faibles quantités.

 

Le fourrage épié devient donc :

 - moins concentré en protéines et en énergie

- plus encombrant donc moins ingestible (augmentation de la valeur d’encombrement UEL)

- moins digestible (baisse de la valeur de digestibilité dMO)

 

Production laitière en fonction de la qualité d'herbe pâturée

Ainsi, l’effet sur la production laitière est flagrant :

L’encombrement d’une herbe feuillue étant moindre, c’est une ingestion plus importante d’une herbe de meilleure valeur nutritive qui sera observée par rapport à une herbe épiée. Un pâturage de qualité permet de couvrir près de 20kg de lait par les UFL, 24kg par les PDIE et près de 30kg par les PDIN, permettant au passage de valoriser un concentré à base de céréales en faible quantité pour ne pas trop pénaliser l’ingestion d’herbe. Ces valeurs sont en chute libre pour une herbe épiée, où l’apport de concentré protéique coûteux devient de surcroît nécessaire.

De plus, n’oublions pas que le gaspillage est important si l’herbe est trop haute ou épiée : herbe couchée, triée, refusée… qui oblige le passage du broyeur pour nettoyer les parcs. Une perte sèche de fourrage et de carburant !

Préférer une fauche précoce à un pâturage tardif, c’est opter pour des fourrages conservés de qualité plutôt qu’un mauvais pâturage.

 

Jean-Christophe Michaud, Elevage Avenir 74

 

Pour approfondir ce sujet, vous pouvez consulter nos articles suivants :

Gestion du pâturage des grands troupeaux

Anticiper la mise à l'herbe pour optimiser votre pâturage

Privilégier les fourrages et notamment le pâturage des vaches

 

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