Ensilage d'herbe : L'or vert de notre région

A la récolte, au silo et la reprise de l’ensilage : la rigueur paie !

Pour la Région Auvergne Rhône-Alpes l’herbe est une réalité structurelle dont il faut faire un atout : attente des filières, image pour le consommateur, santé pour les animaux, valeur nutritive élevée permettant de réduire la dépendance en protéines des exploitations. Un ensilage d’herbe au top combine valeur nutritive, efficacité alimentaire et maîtrise des risques sanitaires.

 

 

Un partenariat gagnant-gagnant pour les éleveurs

Fort de ces constats, la FIDOCL, les laiteries et le CRIEL ont mis en place un suivi d’élevages et de silos pour évaluer la qualité des ensilages d’herbe. Mené tambour battant de novembre à décembre 2019, les résultats ont été présentés en avant-première lors de sept journées organisées par SODIAAL courant janvier et février 2020. Si l’angle d’attaque était de repérer les leviers pour réduire les risques butyriques, la conservation, la valeur nutritive, la présentation et l’appétence sont des éléments qui ont été mesurés au cours de l’étude.

 

 

 

36 silos d’herbe analysés de A à Z

Les silos étaient composés principalement de RGI, RGH et de prairies multi-espèces récoltés au printemps 2019 dans huit départements de la FIDOCL. Les conseillers d’élevage, formés collectivement, ont enquêté les pratiques des éleveurs de la récolte au silo. Ainsi pour chaque silo, température, pH, densité ont été pris sur plusieurs points au front d’attaque. Plusieurs analyses des silos ont permis de mesurer les matières sèches, la conservation, les valeurs nutritives, les contaminations en butyriques. L’analyse des fourrages distribués à l’auge complétait le check-up complet des silos et des rations.

 

 

 

 

 

Récolte : viser 35% de MS en un minimum de temps

La récolte des 94% des silos a eut lieu dans des conditions météo sèches mais un tiers présentaient des risques d’incorporation de terre.Rouler les parcelles en sortie d’hiver, faucher à plus de 7 cm, exposer au maximum le fourrage au soleil… autant de pratiques qu’il faut appliquer si on veut faire sécher de l’herbe. Les contraintes imposées par la météo, le matériel, la vitesse et le coût de chantier aboutissent toujours à des compromis. Près d’un quart des élevages enquêtés ensilent avec des andains regroupés. Quelque soit les conditions météo, cette technique ne permet pas d’obtenir un ensilage suffisamment sec de bonne qualité nutritive. La fauche à plat avec une reprise à  l’ensileuse reste la solution à privilégier, elle nécessite dans la majorité des cas un passage préalable d’andaineur. 

 

 

 

Confection du silo : Tasser, tasser et retasser !

Les silos observés sont plutôt bien tassés avec plus de 200 kg MS/m3 sur les côtés et le milieu du silo et des matières sèches à plus de 30%. Cette valeur moyenne masque de gros écarts au sein de l’échantillon, un quart des silos étaient insuffisamment tassés, à seulement 185 kg MS/m3, alors que les plus tassés atteignaient les 285 kg MS/m3. Les pH sont assez homogènes mais tout juste suffisamment bas pour une très bonne conservation (pH objectif <4). Pour atteindre ces bons niveaux, il faut respecter en premier lieu les débits de chantier. La technicité, le choix des tracteurs et la propreté du chantier seront aussi déterminants. Dans nos enquêtes, encore 14% des remorques montent sur le tas !

 

 

 

 

Une bâche plus un film 40 microns pour assurer l’étanchéité

C’est la seule garantie si on veut rendre le silo hermétique rapidement. Seulement 28% de nos silos sont couverts ainsi, les autres ne sont donc pas assez étanches à l’air.

Si les fermentations du fourrage humide sont indispensables pour une acidification rapide du silo, elles doivent s’arrêter rapidement pour ne pas l’altérer. Seule une fermeture hermétique va permettre de maintenir un milieu anaérobique pour le blocage des fermentations. Différentes techniques peuvent être utilisées en fonction des bâches choisies. Des bâches nouvelle génération qui peuvent s’utiliser seules avec un filet par-dessus pour la protéger et lester le silo ; ou bien la pose d’un film 40 microns avec une bâche standard pour le protéger. Si dans un passé récent le bâchage du silo s’accompagnait de la pose de pneus, nous pouvons aujourd’hui grâce à des filets solides (240gr/m2) à un coût relativement abordable, maintenir une tension régulière sur la bâche et  la protéger très efficacement de la grêle et des nuisibles. Le maintien de ces protections sera fait en disposant tout autour du silo et en bande tous les 4 m, des silos sacs pour maintenir la tension.

 

 

Conservateurs : la cerise sur le gâteau

Si toutes les étapes précédentes sont bien réalisées, pour sécuriser la conservation et limiter la reprise de fermentations à l’ouverture du silo, l’utilisation de conservateur peut être intéressante. On a le choix entre les conservateurs acides et biologiques.

L’acide formique est conseillé surtout sur les mélanges à base de légumineuses ou il va bloquer le développement des bactéries pathogènes nuisibles (butyriques, endobactérie), l’acide propionique joue plutôt le rôle de stabilisant et d’antifongique. Pour les conservateurs biologiques l’efficacité est bonne si on a un fourrage suffisamment concentré en sucres, des graminées ou des légumineuses préfanées.

On privilégiera les bactéries hétéro fermentaires qui limitent la reprise en fermentation à l’ouverture du silo.

 

Patrice MOUNIER, Haute-Loire Conseil Elevage; Patrice DUBOIS, Rhône Conseil Elevage; Jean-Philippe GORON, Adice

 

Tags: